Interview de Séverine Coulon

Séverine Coulon, parlez-nous de vous

Je suis responsable artistique de la compagnie les bas bleus, metteuse en scène, comédienne et autrice.

J’ai commencé par être simplement interprète, puis j’ai eu l’envie de prendre la parole, de mettre en scène et d’écrire. C’est un rêve d’enfant qui s’est réalisé. J’ai fait du théatre très jeune et depuis je n’ai pas arrêté. J’ai fait une école de théatre à Paris, qui s’appelait l’école du passage, dirigée par Niels Arestrup. Ensuite je me suis pas mal formée, notamment à la marionnette.

Comment avez-vous rencontré Kokolampoe ?

On jouait fille et soie au festival d’Avignon il y a quelques années et l’équipe est venue voir le spectacle. Nous avons ensuite échangé autour d’un verre, sur la pertinence de jouer ce spectacle ici, en Guyane. De mon côté est né un fort désir de venir y jouer et je pense que kokolampoe était aussi enthousiaste. Avec le COVID nous avons connu des complications et le spectacle a dû être reporté, mais je suis contente qu’on n’ait pas abandonné le projet.

Dites-nous en plus sur votre spectacle

Filles et soie a été crée il y a cinq ans et on est à plus de trois cent représentations. On a joué beaucoup en métropole, puis en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, au Brésil i y a trois ans et aussi en Martinique il y a deux ans.

Le public a-t-il reçu le spectacle différemment en fonction du pays?

J’ai joué dans d’autres spectacles, où en fonction de la culture, il y avait des différences de réception par rapport à la France. On sentait qu’il y avait des choses moins pertinentes ; donc je m’attendais vraiment à ça avec ce spectacle. Et au contraire, c’était tout l’inverse. J’ai été extrêmement surprise que de l’Italie au Brésil, on ait les mêmes retours. De femmes adultes qui viennent me voir après le spectacle et me disent combien ça les a touchés. Je me souviens d’une femme au Brésil qui m’a dit : « merci de parler de ça. J’ai une ado je ne sais pas comment lui parler, elle n’aime pas son corps et c’est compliqué pour elle. » Alors qu’au Brésil, c’est une culture tellement différente de la nôtre, avec un autre rapport au corps et à la chirurgie esthétique. J’ai été surprise de voir à quel point le sujet était universel.

Comment vous est venue l’idée de ce spectacle ?

C’est très autobiographique. Quand j’ai été assez sure de moi dans ce métier, avec moins de doute et plus de maturité, j’ai réalisé à quel point j’ai pu perdre du temps à ne pas accepter ce corps et à quel point c’était une aliénation. J’ai réalisé tout ce que ça m’empêchait de faire, le temps que ça me prenait, la charge mentale… c’était tellement partagé par beaucoup de personnes hommes ou femmes que ça été une évidence.

Est-ce que vous voyez une évolution dans les mentalités depuis que vous avez commencé à vous produire ?

Il y a une certaine catégorie de femmes qui se libèrent, par exemple par rapport à épilation ou d’autres choses, mais il y a une pression encore plus forte via les réseaux sociaux et une mondialisation des normes esthétiques. Ce que je peux répondre, c’est que j’ai vu une évolution dans les discussions des bords plateaux que je fais depuis cinq ans. Evolution du discours chez les petits, vis-à-vis de l’égalité homme / femme, dans lesquels la vision sexiste est moins présente. Je ne sais pas si les choses ont fondamentalement changé, mais on fait plus attention à ce que l’on dit devant les plus petits. C’est aussi un spectacle féministe, crée avant tout le mouvement #metoo et on a vu une vraie envie de le programmer de la part des théâtres et d’y assister de la part du public.

Quelle est votre actualité en dehors de la Guyane ?

En ce moment à Marseille, se joue la dernière création de la compagnie : la vie animée de Nina W.

La tournée de ce spectacle reprend tout juste, car en France, les théâtres sont restés fermés toute la saison dernière. Et à partir de janvier, je commence à travailler sur la prochaine création de la compagnie, qui est un spectacle jeune public à partir de cinq ans. Il s’appelle gourmandise ou il faut beaucoup aimer la vie. Il va parler de gourmandise, de convivialité et de retrouver le gout des autres et de la vie.

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