Rencontre avec Antonin Gellibert

Quel est votre métier ?

Mon métier principal, c’est costumier. Je travaille pour des compagnies de théâtre, le cirque ou l’opéra ; de temps en temps pour le cinéma ou la danse. Un peu tout ce qui est lié au costume de scène. J’aime cette variété du spectacle vivant. Je découvre de nouvelles approches, avec des moyens différents. Par exemple, en venant à Saint-Laurent, j’amène le savoir-faire et l’exigence que j’ai acquis à l’opéra. Et inversement, lorsque je retourne à Paris, je ramène avec moi la créativité qu’on a ici, la capacité à s’adapter, à être rapide et efficace. C’est toujours intéressant de faire communiquer les régions à travers le spectacle.

Parallèlement à cela, je porte le projet artistique d’une compagnie, les anthropomorphes. Nous réalisons des performances, qui passent souvent du costume. C’est partie d’une envie d’aboutir à des projets qui soient complètement les miens, car je pense que pour rester créatif, c’est important de créer pour soi. Ça nourrit aussi pour apporter aux compagnies avec lesquelles on travaille. Pour moi, tous les gens de spectacles sont des metteurs en scène, car chacun met en scène à son niveau : en tant que costumier, on amène des costumes qui vont sur scène, les comédiens y apportent leurs idées. D’ailleurs, les metteurs en scène sont souvent d’anciens comédiens. Les gens de la technique sont aussi des artistes, et on a tous quelque chose à raconter, à apporter. On peut avoir des points de vue différents et qui amènent autre chose à l’ensemble.

En plus de cela, je fais de la scénographie, je monte parfois sur scène également, selon les projets.

Vous avez toujours voulu être costumier ?

En fait, j’ai commencé par des études scientifiques. J’ai fait une prépa en biologie, domaine que j’aimais beaucoup. Mais, je n’aimais pas du tout la prépa. J’ai rencontré quelqu’un qui faisait des vêtements et j’avais besoin de voir autre chose. Alors, un peu sur un coup de tête, j’ai décidé de m’inscrire dans une école pour apprendre à en fabriquer moi-même, je trouvais cela très créatif, ça me fascinait. Je suis donc renté à ESMOD à Paris. C’est une école très orientée stylisme modélisme. Je me suis vite rendu compte que le milieu de la mode n’était pas fait pour moi, que je n’avais rien à y apporter et c’était assez réciproque ! Heureusement, il y avait une troisième année de spécialisation en création scénique. J’ai alors entendu parler de l’ENSATT, j’ai tenté le concours et je l’ai eu. Ça été la révélation, je m’y suis tout de suite senti chez moi.

Il ne s’agissait pas que des costumes, mais être avec des étudiants dans d’autres filières du spectacle (comédie, lumière, son). Cette rencontre avec d’autres métiers et d’autres façons de travailler, j’ai trouvé que c’était extraordinaire. Dès ma sotie de l’ENSATT, j’ai été embauché et ça fait dix ans que ça s’enchaine, notamment grâce à l’ENSATT.

C’est un métier que je trouve passionnant, j’aime la couture certes, mais encore une fois les rencontres sont un élément central. Par exemple sur le spectacle de La Véridique Histoire du petit chaperon rouge, sur lequel je travaille actuellement, est également présent un scénographe camerounais, Dieudonné Focou. Il fait des choses extraordinaires et complètement différentes de ce que j’ai pu connaitre, c’est très enrichissant. Et évidement, il y a également les voyages, dans tous les sens du terme, qui permettent de découvrir de nouveaux endroits, que ce soit par les tournées en France métropolitaines ou en allant aussi loin qu’en Guyane. J’ai découvert des lieux que je n’aurais pas connus autrement et c’est vraiment génial.

Comment s’est passée votre rencontre avec le théâtre ?

C’est l’ENSATT qui m’a appelé et m’a proposé de travailler sur Le Songe d’une autre nuit. Je me suis demandé pourquoi moi ? J’ai une petite théorie là-dessus ; j’avais fait mon mémoire sur la manière dont les costumiers pouvaient être utiles à la rencontre entre les cultures et j’ai toujours pensé que le choix de me contacter devait être lié à ce mémoire. Quand on m’a parlé du montage de cette pièce en Guyane, avec des étudiants en fin de cursus, j’ai répondu oui sans aucune hésitation. J’étais prêt à partir dès le lendemain si nécessaire.

Mes premières expériences professionnelles se sont déroulées en Arménie ou en Finlande, donc être dans l’inconnu n’était pas une nouveauté. Mais l’inconnu guyanais n’est pas l’inconnu finlandais… Avant de partir, j’avais rencontré Jacques Martial, le metteur en scène, quelqu’un de passionnant. Du coup mon premier contact avec la Guyane, c’était à travers lui, qui m’a raconté son vécu.

Ma mission était double lorsque je suis arrivé : faire les costumes pour ce spectacle de fin de promotion et parler du costume aux étudiants, en tant qu’intervenant. Qu’est-ce qu’un costume, comment ça s’utilise ? Ce ne sont pas juste des vêtements. C’était une grande première pour moi, j’avais un peu la pression, car comme pour tous les projets, j’avais vraiment envie de réussir. J’ai appris à adapter ma façon d’aborder le sujet avec des étudiants non-costumiers.

Pour la partie costume, nous étions trois : il y avait une stagiaire de l’ENSATT, guyanaise d’origine et Sueli qui s’occupait des costumes au théâtre. J’ai apprécié leur présence et leur soutien. Ensemble, nous avons beaucoup travaillé et nous sommes même allés à Paramaribo, acheter du matériel. La rencontre avec le bagne aussi était particulière, car j’en avais entendu parler, mais il ne faisait pas parti de ma réalité.

Aujourd’hui, je reviens et tout cela est encore présent, mais ce qui me paraissait être l’aventure il y a sept ans est devenu la maison. Depuis ce premier projet, je reviens quasiment tous les ans. J’ai pris mes habitudes. La case costume a pris de l’ampleur et s’est professionnalisée et le camp m’est devenu plus familier.

Y a-t-il un spectacle qui vous a plus marqué qu’un autre ?

J’ai fait deux fois des sorties de promotions, deux fois du Shakespeare. Et j’ai également travaillé sur les créations du centre dramatique, en particulier sur les textes de Gustave Akakpo. C’est une rencontre littéraire qui m’a marqué, même si je ne l’ai jamais rencontré en vrai. Je trouve que ses textes sont vraiment très contemporains, tout en étant faciles d’accès et sans renoncer à l’exigence au niveau de l’écriture. C’est un peu mon idéal de théâtre contemporain, qui raconte avec une langue nouvelle, des choses d’aujourd’hui. Parce que ce n’est pas juste un auteur africain, c’est un auteur d’aujourd’hui et je trouve qu’il y a une certaine résonance de ses textes ici. A chaque fois c’est un plaisir de voir la mise en scène qu’en fait Ewlyne Guillaume et le travail des comédiens.

Quelles sont vos projets ?

Pour moi, c’est une année assez particulière, parce que cela fait dix ans que j’ai commencé à travailler. J’ai rempli les objectifs que je m’étais fixés professionnellement. C’est donc le bon moment pour faire le point et voir comment j’ai envie de mener ma carrière pour les dix prochaines années. Il y a potentiellement un projet avec Jacques Martial à la saison prochaine, pour lequel je ferais les costumes. Et je trouve assez génial de collaborer à nouveau avec Jacques, en Guyane, sur un spectacle très différent, mais qui sera aussi très beau.

Et puis j’ai aussi envie de donner plus de place à ma compagnie, je pense que je me plairais à répartir mon temps autrement. Peut-être présenter quelque chose en Guyane, au centre dramatique. J’aimerais beaucoup.

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